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Plus le mensonge est gros, plus il passe - Hannibal & Anne-Marie
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Message(#) Sujet: Plus le mensonge est gros, plus il passe - Hannibal & Anne-Marie Ven 7 Aoû - 18:50



PLUS LE MENSONGE EST GROS, PLUS IL PASSE
HANNIBAL TILSCHWEIGER
ANNE-MARIE SCHREIBER



Le vent s'engouffra dans la pièce par la fenêtre qui était resté grande ouverte, les draps immaculés qui séchaient, pendant sur un fil de fer tendu se mirent à se balancer délicatement, portés par la brise matinale, puis la porte claqua dans un bruit sourd qui fit sortir de sa lecture des dossiers médicaux l'infirmière en chef. La patiente étendue dans un lit un fond de salle se réveilla en sursaut. Elle sentait ses paupières lourdes, qui peinaient à rester ouverte. D'un regard vif elle balaya la pièce, qu'elle jugea bien trop grande pour le peu de meubles qu'elle contenait, trop angoissante, elle qui n'était habituée il n'y a encore que quelques semaines de ça aux salons bourgeois bourgeois de Berlin et aux villas toutes plus luxueuses que les autres. Elle se redressa doucement et installa son coussin derrière son dos: depuis cette position elle pouvait tout voir. En se retournant vers une vieille commode bancale qui se trouvait à son chevet elle aperçut ses bijoux qui y étaient posés sur un papier blanc qui devait sans doute les protéger. Elle observa les tâches de sang dont était éclaboussé son collier, qu'elle tenait de sa mère, puis elle constata que c'était aussi le cas de la montre de son mari. Elle les fixa dans un premier temps avec dégoût, elle se demandait comment cela était possible que personne n'ait pensé à les nettoyer avant: c'était tout de même la moindre des choses. Elle fouilla à la hâté dans le tiroir de la commode, qui manqua de se décrocher, de quoi les astiquer, en vain. Elle se résigna donc à les frotter légèrement contre son drap blanc, laissant une légère trace rouge sur ce dernier, le sang ayant séché depuis son agression.

Son agression: elle ne s'en rappelait pas. Elle souvenait pourtant des cris de son mari, des menaces qu'elle proférait contre elle, des reproches qu'il avait l'habitude de faire à son égard. Elle se souvenait de cette envie de le tuer, d'en finir, elle ne le supportait plus, sa présence, son odeur, la dégoûtait. Toute sa vie la dégoûtait. Elle était arrivée au sommet pour descendre si bas. Elle était tombée en même temps que le Reich. Elle ne supportait pas l'idée de se retrouver ici, à Nomansland, perdue dans un monde si vaste. Parmi toutes les destinations sûres, du moins s'il en existait encore, il avait fallut qu'elle vienne ici. Au barrage enclavé, là où elle avait trouvé refuge entourée d'anciens soldats SS et autres notables de l'ancien Reich, tout était vide et froid, le béton et le métal avait tout recouvert: vivre dans un blockhaus n'aurait pas été pire. Les dorures qui recouvraient les murs de son ancienne villa lui manquaient, tout comme les meubles en cerisier du XIXème siècle qui avaient au fil des années envahi son salon. Soudainement, une terrible pensée lui traversa l'esprit: où étaient-ils maintenant ? Tous ses meubles, ses tableaux hors de prix dont elle aimait tant se vanter auprès de ses amis, ses prix d'interprétation, vestiges d'une carrière d'actrice prometteuse. Où tout cela était-il passé ? Peut-être avaient-ils été détruis ? Ou pire, peut-être était-ce une famille berlinoise qui jouissait à présent de tous ses biens. Cette idée lui sortit vite de l'esprit lorsqu'un homme d'une cinquantaine d'année pénétra en trombe dans l'infirmerie et se précipita sur elle.

- Madame Schreiber ! Quelle joie de vous revoir parmi nous ! s'écria-t-il.

Il s'avança un peu plus vers le lit d'Anne-Marie et lui tendit la main, mais lorsqu'il s’aperçut qu'elle n'eut aucune réaction il se ravisa. Maintenant deux infirmières à l'air niais l'avaient rejoint.

- Nous avons eu très peur, je ne vous le cache pas. L'équipe médicale et moi-même nous...
- Combien de temps ? Ça fait combien de temps que je suis ici ? demanda la patiente sur un ton assuré.
- Trois jours madame Schreiber.
- Trois jours... j'ai l'impression que ça fait une éternité, dit-elle en ricanant. Et mon mari ?
- Oh, votre mari madame Schreiber... c'est-à-dire...
- Mort ?
- Oui, madame Schreiber. Mort. Nous n'avons rien pu faire, nous sommes arrivés trop tard, je suis dés...
- Vous serez bien aimable de faire le nécessaire pour que je puisse sortir d'ici au plus vite. J'ai énormément de travail qui m'attend dehors, j'ai tout à organiser, je parle bien sûr des obsèques, les amis et la famille à prévenir.

Elle rassembla ses quelques affaires qui se trouvait sur une chaise à côté d'elle. D'un geste elle vérifia que tout était dans son sac: il ne manquait que l'arme qu'elle tenait face à son mari lors de leur altercation. L'arme qui appartenait à son mari. Sans doute en avait-il besoin pour mener une quelconque enquête. Elle espérait seulement la revoir un jour: si son mari avait été tué elle était sans doute la prochaine sur la liste.

- C'est-à-dire que ce n'est pas aussi simple madame Schreiber. C'est-à-dire que...
- Si, docteur... hésita-t-elle en examinant son badge épinglé à son poitrine. Scharwtz.

Elle se leva d'un bond et enfila ses escarpins qui l'attendaient en bas de son lit. Lorsqu'elle sentit ses pieds y glissaient une sensation étrange la parcourue: comme si elle venait de retrouver un peu de gloire, un peu de son prestige. Elle se rhabilla à la hâte, coiffa ses cheveux et sentit au passage une bosse derrière son crâne.

- Tout de même vous n'avez qu'à remplir un dossier. Vous pouvez bien faire ça pour moi.

Elle leur sourit et quitta infirmerie sous les yeux ébahis des deux infirmières et du médecin. L'infirmière en chef qui complétait des dossiers lui adressa un léger sourire et replongea dans son travail. Anne-Marie passa la porte et se retrouva un couloir bondé, un groupe de SS lui passa devant sans lui prêtait attention, une femme en blouse blanche la bouscula et fila sans s'excuser. Elle ressentit alors des vertiges lui montait à la tête, happée par le sol, elle préféra prendre appui contre le mur. C'était trop pour elle: il y avait trop de monde dans ce couloir. Un comble pour elle qui avait connu les soirées mondaines où il était impossible de faire le moindre pas sans bousculer quelqu'un, où les élégantes se pressaient vêtues de leur plus belle robe haute couture, où l’alcool coulait à flot: où Anne-Marie était entourée des siens. Ce n'était plus vraiment le cas. Si Anne-Marie s'était rendu au barrage enclavé dans un seul soucis de sécurité ce n'était pas le cas pour tout le monde: elle avait entendu dire que certaines personnes comptaient rebâtir ce qui avait été détruit, faire renaître le Reich de ses cendre, tel un phœnix. C'était une idée folle, elle en était certaine: entre l'apparition des Prototypes et le chaos qui régnait depuis quelques années dans le monde entier, reconstruire le Reich était peine perdue.

Soudainement, elle aperçut plusieurs paires de bottes noires, celles que portaient les soldats SS, apparaître sous son nez.

- Madame Schreiber.

Elle releva la tête, quelques mèches blondes devant son visage lui brouillèrent la vision. Elle les replaça derrière ses oreilles et dévisagea le groupe de SS posté devant elle, l'homme qui venait de lui adresser la parole, un grand blond à la corpulence massive, qui semblait être le chef de la troupe, lui tendit une enveloppe.

- Je suis désolé pour votre mari, c'est tellement triste, dit-il en lui adressant un sourire dans le coin des lèvres. Mais je vous promets de faire notre nécessaire afin de retrouver l'assassin.
- Je...

Mais elle n'eut pas le temps d'en dire plus.

- Cependant, madame Schreiber. Vous comprendrez qu'afin de conclure notre enquête interne dans les plus brefs délais nous aurons besoin de votre aide.

Anne-Marie se redressa et toisa le soldat qui lui tendait toujours la lettre. Elle la saisit d'un geste brusque et le remercia par un sourire des plus froids. Elle balaya des yeux la lettre qui était écrite à la main, presque illisible. Elle était convoquée à un interrogatoire. Ils voulaient savoir ce qu'il s'était passé ce soir là dans la chambre des Schreiber. Elle-même aurait aimé le savoir.

- Quand ?
- Nous n'attendons plus que vous, madame.

Il lui fit geste de le suivre et ils se dirigèrent vers la salle d'interrogatoire. Anne-Marie était totalement désorientée, elle traversa de nombreux couloirs, les uns plus longs que les autres, le chef de troupe s'arrêta parfois pour chuchoter à l'oreille d'un autre soldat qui passait par-là, parfois des personnes qu'elle ne connaissait ni d'Adam ni d'Eve s'arrêtaient pour la fixer et se mettaient parler entre eux, d'autres fois c'était des connaissances berlinoises qu'elle croisait et dont elle essayait tant bien que mal de se cacher: elle détestait plus que tout au monde être vu sans maquillage. Quelques minutes plus tard ils arrivèrent enfin devant une porte imposante en métal, une plaque y était vissé et deux soldats postés de chaque côté veillaient à ce que personne n'entre. Un SS passa devant le groupe et ouvrit la porte, la salle d’interrogatoire semblait vide. Le chef de bande lui fit signe d'y entrer tout en lui souriant, elle n'arrivait pas à savoir si ce sourire était réellement amical et préféra donc ne pas y répondre. Lorsqu'elle pénétra dans la pièce qui s'avéra plus grande que ce qu'elle imaginait, elle aperçut un homme de dos à elle.

- Alors vous m'attendiez ?
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Message(#) Sujet: Re: Plus le mensonge est gros, plus il passe - Hannibal & Anne-Marie Jeu 10 Sep - 17:14





Plus le mensonge est gros,

plus il passe






L’incident a ébranlé le barrage entier. Comment pourrait-il en être autrement ? Premier incident alors que nous étions en paix depuis notre arrivée. Il n’y a eu aucune brèche, aucune intrusion, il n’y a eu aucun problème : on pouvait au moins se vanter de cela. Jusqu’à il y a trois jours. Jusqu’à ce moment où une personne, une jeune femme plus précisément, a réussi à échapper à certaines Sentinelles et a ainsi, pénétré à l’intérieur du barrage. Elle aurait pu juste vouloir un abri mais c’était bien autre chose qu’elle souhaitait : elle souhaitant s’en prendre à l’un d’entre nous. Elle avait une cible, elle a tout fait pour la localiser et la rayer de la carte. Elle a réussi. L’alerte a tout de suite été donnée et si nous n’avons pas pu l’arrêter, nous avons réussi à l’atteindre, à la blesser. Mortellement ? Nous n’avons aucun moyen de le savoir. Certains hommes sont partis à sa recherche et ne sont toujours pas rentrés : nous aviserons lorsqu’ils seront de retour. En attendant, les questions fourmillent : qui était-elle exactement ? Pourquoi avoir attaqué cet homme en particulier ? Cet homme qui était un bon conseiller du Führer fut-ce un temps et qui travaillait à mes côtés depuis son arrivée au barrage. Cet homme qui semblait pourtant sans histoires. Aucune réponse donc et la seule personne à détenir ces réponses, c’est sa femme. Elle, elle a été épargnée. La jeune femme ne s’en est pas prise à elle et là aussi les questions demeurent : pourquoi l’épargner ? Pourquoi ne pas lui faire subir le même sort qu’à son époux ? Anne-Marie nous doit des réponses.

Elle me doit des réponses, à moi.

Le problème est qu’elle est inconsciente depuis trois jours déjà. Les médecins sont dans l’attente, comme nous, comme moi, qu’elle se réveille et je commence personnellement à perdre patience : état de choc ou pas, il va bien falloir qu’elle revienne à elle à un moment donné et qu’elle m’apporte les réponses dont j’ai besoin. Alors, quand on frappe soudain à la porte de mon bureau pour m’annoncer qu’elle est revenue à elle, je hoche la tête, me redresse et me rend en salle d’interrogatoire. Nous sommes souvent plusieurs à les mener mais cette fois-ci, je tiens à le faire moi-même. Comme j’ai moi-même prononcé la sentence d’exécution des deux Sentinelles qui ont failli à leur devoir et ont permis à cette jeune femme de pénétrer à l’intérieur du barrage : si l’on veut y arriver, il ne faut pas faire dans la demi-mesure et je ne ferai pas non plus dans la demi-mesure avec Anne-Marie, bien qu’elle soit une fervente et exemplaire partisante de l’Axe : il n’y a aucune place ici pour les traîtres ou les faibles. Je fais les cents pas dans la salle d’interrogatoire, les mains dans mon dos, je réfléchis, j’essaye encore une fois de comprendre ce qu’il s’est passé, pourquoi cela s’est passé, et surtout pourquoi eux en particulier ? La porte s’ouvre puis se referme. Je relève le visage quand j’entends une voix féminine s’élever de derrière moi, une voix féminine qui me demande si je l’attendais. C’est un masque de froideur et d’impassibilité qui habille mon visage lorsque je me retourne pour observer Anne-Marie.

« Cela fait trois jours que je vous attends. » je lui réponds d’un ton tout aussi froid que peuvent l’être les traits de mon visage.

D’un simple geste de la tête, je lui désigne le siège en métal qui se trouve devant elle et sur lequel elle est censée s’asseoir. J’attends que cela soit fait pour m’installer à mon tour sur la chaise en métal qui se trouve juste devant moi. Ce n’est que lorsque nous nous retrouvons enfin face à face, séparés d’à peine un mètre, la largeur de la table, que je croise mes mains sur la dite table en plantant mon regard dans celui d’Anne-Marie. Je pourrais commencer sans attendre l’interrogatoire mais je doute sincèrement que cela soit la meilleure de procéder avec elle. De ce que je sais d’elle, sa force de caractère n’est plus à démontrer.

« Je ne suis plus à quelques heures près ceci dit. Avez-vous besoin de temps supplémentaire ou pouvons-nous commencer ? »

Je lui laisse le choix. Plus ou moins. Moins que plus. C’est une question mais elle sait qu’elle n’a pas droit à l’erreur quant à la réponse. Une question à laquelle j’attends une réponse bien précise et elle sait qu’elle n’a pas intérêt à répondre à côté. Je lui propose de remettre à plus tard mais cette une fausse proposition : il ne s’agit finalement que de simple politesse et je ne doute pas un seul instant qu’elle ait pu comprendre autre chose. Elle connaît notre fonctionnement. Elle connaît l’Axe. Elle me connaît moi, un peu en tout cas. Elle ne va pas tarder à me connaître un peu plus, une connaissance dont elle se serait sans doute passée mais elle ne peut y échapper.

On n’échappe à rien ici, jamais. Je suis bien placé pour le savoir.



© charney

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